Aldous Harding — Salle Pleyel

Salle Pleyel — 12 juin 2026
La salle n’est pas complète mais j’ai fait ma réservation n’importe comment. Je suis très loin de la scène. Dommage. En première partie, Vera Ellen, néo-zélandaise elle aussi. Intéressant mais j’ai du mal à me concentrer, je suis vraiment venu pour Aldous Harding. Pleyel, dans sa tradition de salle de musique classique, présente l’entracte, sa durée et la présence d’un bar. Dans un concert pop, rock ou folk, pas la peine de préciser, tout le monde sait bien qu’il faut du temps pour passer d’un groupe à l’autre. Une petite touche d’anachronie.
Devant moi une (très) jeune femme. Elle a passé l’entracte à faire des selfies et à les envoyer sur un réseau social que je n’ai pas reconnu. Puis ses voisins se sont installés et l’homme est parti chercher une bière. La femme a engagé la conversation. Instantanément, l’émotion envahit la jeune femme, elle essuie quelques larmes. Je suis curieux, j’essaie de comprendre ce qu’elles se disent, en anglais. Je crois comprendre que la jeune femme est néo-zélandaise et jeune fille au pair dans une riche famille du 16e arrondissement. J’attribue les larmes au mal du pays.
Aldous Harding se présente sur scène à la suite de ses musiciens. Tiens, elle s’est coupé les cheveux.
Je suis surpris, dès le début du concert : je connais et reconnais tous les morceaux. C’est inhabituel, à force de ne voir sur scène que des groupes que je connais à peine. Ma voisine essuie quelques larmes pendant les premiers morceaux. Je suis ému aussi, sûrement moins qu’elle.
Aldous Harding est telle que je m’en souvenais. Il émane d’elle une étrangeté. Tout d’abord, il y a cette indifférence vis-à-vis du silence. Elle ne craint pas les blancs ni le silence. Il se passe toujours un long moment entre chaque morceau. Il faut que tout soit prêt pour le suivant, et que tout le monde soit prêt aussi. La salle est rassurée. Pas de sifflets ou de cris d’impatience. Un incident, Aldous oublie de placer le capodastre sur le manche de sa guitare. Elle s’accorde, se rend compte de son oubli, récupère l’accessoire par terre, s’excuse, le place sur le manche, s’accorde une nouvelle fois, s’excuse encore. Excuses inutiles, c’est le tempo de la représentation. Personne n’est pressé, il n’y a pas d’urgence. Le temps du silence fait partie de la performance. On aura bien un « How are you ? » qui fuse, elle répond « Fine, I’m on stage ». Un « I love you » est lancé. Je n’ai pas bien compris la réponse, qui se termine par « … you see I’m here ». Peut-être pour dire que, vu qu’elle était en plein concert, ce n’était pas vraiment le meilleur moment.
Les morceaux s’enchaînent. Mali Llywelyn est au piano. Puis elle prend la harpe et finalement Aldous lui transmet sa guitare. Elle soutient également le chant sur certains refrains. À chaque changement de registre la salle manifeste bruyamment son contentement. Les “garçons” au fond de la scène dans la pénombre ne sont que discrétion.
Aldous Harding, ou peut-être devrais-je ici l’appeler Hannah Topp, le nom sous lequel elle signe son œuvre. Gardons Aldous, c’est déjà assez compliqué comme ça. Aldous, donc, distille sa pluralité, ce qui me la rend fascinante, à travers toute la setlist ou presque. Pour “Leathery Whip” elle prend sa voix de petite fille, provoquant un larsen soudain. Même le matériel est surpris. Un autre morceau, après avoir fini de chanter, elle s’est allongée, le groupe a continué à jouer, a terminé le morceau. Aldous est toujours allongée. Va-t-elle se relever ? Cela dure, longtemps. Bien sûr qu’elle va se relever, mais le doute m’envahit quand même. Ce n’est pas réfléchi, plutôt instinctif. Je crois que c’est le moment où le roadie débarrasse Mali de sa harpe. Et puis il y a “Imagining My Man”. Ce break et Mali qui s’écrie Yeah. Je l’attends, il arrive. Au couplet suivant, qui ressemble tellement au précédent, il y a le break mais pas de Yeah. Le morceau se poursuit ainsi. Alternance de jouissance et de frustration.
Elle était assise depuis le début du concert, elle ne joue de la guitare qu’assise. Une fois debout et débarrassée d’un blouson, visiblement inadapté à la température, elle porte un T-shirt, peut-être une chemise, blanc avec de longs rubans pendants. Une bonne cinquantaine de centimètres chacun. Ils font écho à sa gestuelle et particulièrement à ses bras, eux aussi rubans flottants mal maîtrisés. Elle me fait penser à ces adolescents, ces adolescentes mal à l’aise dans un corps qui a grandi trop vite, qu’ils ne perçoivent pas encore tel qu’il est.
Beaucoup trop de monde au stand de goodies à la fin du concert. C’est dommage, parce qu’évidemment j’aurais bien acheté un T-shirt, mais en plus, je n’ai rien à me mettre pour demain.